Paraboles des ouvriers de la onzième heure et de la brebis perdue : réponse à Gounon attaquant Maria Valtorta ("L'Evangile dévoyé", 3e chap.)
Résumé de la parabole, telle qu'elle est rapportée dans Maria Valtorta :
Jésus raconte l'histoire d'un maître qui engage des ouvriers pour travailler dans sa vigne à différents moments de la journée. Dès l'aube, il embauche un premier groupe en convenant avec eux d'un salaire d'un denier. Il retourne ensuite plusieurs fois sur la place publique, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et enfin à la onzième heure, où il trouve encore des hommes sans travail. Pris de compassion devant leur situation, il les envoie eux aussi à sa vigne en leur promettant le même salaire.
Au moment de la paie, le maître ordonne de commencer par les derniers arrivés. Il explique à son intendant qu'ils sont les plus nécessiteux, qu'ils ont passé la journée sans ressources et qu'ils ont travaillé avec un zèle remarquable, par reconnaissance envers celui qui leur a fait confiance. Tous reçoivent néanmoins un denier.
Les premiers ouvriers, voyant que les derniers touchent le même salaire qu'eux, espèrent recevoir davantage. Déçus, ils protestent auprès du maître, estimant injuste d'être traités comme ceux qui n'ont travaillé qu'une heure.
Le maître leur répond qu'il ne leur fait aucun tort puisqu'il leur verse exactement le salaire convenu. Il leur rappelle en outre qu'il leur a accordé gratuitement de nombreux avantages : des temps de repos et trois repas qui ne faisaient pas partie du contrat. Puis il leur reproche d'avoir abusé de sa bonté en travaillant avec peu d'ardeur, tandis que les derniers, privés de ces avantages, ont accompli en très peu de temps un travail équivalent grâce à leur empressement. Il affirme qu'il demeure libre de disposer de ses biens comme il l'entend et conclut : « Je suis bon. »
Jésus explique ensuite le sens de la parabole. Dieu offre à tous les hommes la même promesse de salut. Même celui qui répond tardivement à son appel peut recevoir la récompense éternelle s'il se met généreusement à son service. Ainsi, les premiers ne seront pas toujours les premiers, et les derniers pourront devenir les premiers. Beaucoup de païens pourront même dépasser en sainteté ceux qui appartiennent au peuple d'Israël.
Enfin, Jésus élargit son enseignement en exhortant ses auditeurs à vivre selon la sagesse de Dieu : faire preuve de bonté envers tous, obéir aux autorités légitimes sans rendre le mal pour le mal, pratiquer la continence, résister à l'attrait des richesses, agir avec droiture et cohérence, respecter la justice et traiter autrui comme ils désireraient eux-mêmes être traités.
Sens profond de la parabole :
Tout le sens de la parabole est amené par cette insistance du Christ à nous présenter les différents cas de figures de ces ouvriers qui ont été embauchés à différentes heures de la journée, même jusqu'à la dernière heure.
Jésus veut nous éclairer sur un de nos à priori tenace, qui est de penser ceci : "à partir d'une certaine heure tardive, et vu que l'ouvrier est payé à la journée par le maître, cela ne vaut plus tellement la peine pour lui de chercher à se faire embaucher. S'il ne reste qu'une seule heure de travail, et qu'on a passé toute la journée dans le désoeuvrement, alors il faut considérer la journée comme perdue, il n'y a plus d'espoir d'obtenir du travail et une rémunération intéressante... "
---> Or cette unique journée : c'est la vie de l'homme !
Il est donc bien plus grave encore de raisonner ainsi pour notre salut éternel que l'on croirait perdu faute d'avoir rencontré Dieu et travaillé pour son Règne dès nos jeunes années, que pour l'ouvrier, de croire perdu tout espoir de salaire journalier, en raison de l'heure tardive.
Alors, que ce soit avec les mots de saint Matthieu 20 ou ceux inspirés à Maria Valtorta, Jésus nous détrompe : non, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir ! Tant qu'il y a la volonté de bien faire et de se donner de la peine pour la juste cause du Ciel, tout espoir est permis d'en obtenir non pas une petite récompense symbolique, mais une vraie récompense pleine et débordante, car le Maître qui paie est bon !
L'analyse qu'en fait Gounon
Il n'y a aucun motif d'opposer deux versions d'une même parabole, l'une plus sobre, l'autre développant davantage le contexte, et aboutissant exactement à la même conclusion pleine d'espérance, de justice et d'amour.
Mais Gounon a sorti sa loupe "homéoplastique" (*), et décidément ce n'est pas une bonne chose. Pour lui.
"Ici remarquons déjà que quand Mathieu nous dit que le Maître informe les ouvriers tardifs qu’il leur donnera « ce qui est juste » on comprend bien qu’il ne leur dit pas à l’embauche ce qu’ils gagneront : ils y vont en confiance dans la justice du Maître. C’est encore le contraire chez Maria, où le Maître ayant claironné toute la journée qu’il donnera un denier à chacun des nouveaux embauchés, on ne comprend pas pourquoi les premiers sont surpris au moment de la paye. Une des multiples incohérences qui foisonnent dans l’œuvre et qui casse complètement la chute de la parabole."
... ou plutôt, une des multiples incohérences qui foisonnent dans la tête à Gounon : il insinue ici que les promesses orales du maître de récompenser par un denier le travail de chaque embauché seraient connues de tous, en raison d'une soi-disant unité de lieu.
- Or cette unité de lieu n'est mentionnée... nul part ! (sauf dans la tête à Gounon).
- Elle est au contraire fort peu probable, car il est assez rare que des gens se mettent en plein milieu d'un champ ou d'une vigne pour attendre d'être embauchés : cette attitude manquerait d'humilité, et reviendrait à forcer la main à l'employeur.
D'autre part, lorsque des ouvriers disent : "Personne ne nous a embauché", cela signifie qu'ils se trouvent dans un lieu où pourraient les trouver de nombreux patrons différents, et non pas déjà sur le lieu de travail. Ils se trouvent aux carrefours des chemins, ou bien sur une place. Le maître leur parle en ce lieu sans que ceux qui travaillent déjà puissent l'entende.
La conclusion est évidente : d'après saint Matthieu et Maria Valtorta, ce que les premiers, les seconds, les troisièmes, et finalement les derniers embauchés se sont entendu promettre comme salaire le fut sous le sceau de la discrétion : l'effet de surprise est bien préservé.
L'analyse de Gounon n'est pas bonne : contrairement à ce qu'il raconte, le récit de Maria Valtorta est conforme à l'Évangile.
"Mais aussi on nous apprend que les ouvriers qui ont travaillé tout le jour sont des paresseux qui ont abondamment profité des largesses du maître (trois repas etc…), quand ceux arrivés sur le tard ont travaillé sans compter au point d’en faire autant sinon plus que les premiers ! Si bien que la pure bonté du maître qui ressort de l’évangile de Mathieu se trouve ici polluée par la simple justice humaine : il est normal de donner à tous la même chose puisqu’ils ont fait à peu près le même travail ! Voilà comment cette parabole se retrouve transformée jusqu’à en perdre son sens profond."
---> Le sens profond, nous l'avons explicité plus haut, et il a complètement échappé à Gounon, mais ce n'est pas encore le plus fort.
Non, car le plus fort, c'est d'apprendre le "sens profond" que croit dégager Gounon de la parabole :
l'injustice de Dieu qui casserait la notion humaine de "justice" en la remplaçant ; la Bonté de Dieu devenant un simple arbitraire.
C'est extrêmement révélateur. Car si tel est le cas, c'est applicable à tout ce qui nous semble juste humainement.
Par exemple :
- Il paraît humainement juste de ne pas voler : et donc, si la "justice de Dieu" supérieure à la petite justice humaine serait de permettre aux pauvres de voler les riches, de quoi les propriétaires de biens pourraient-ils se plaindre s'ils en sont spoliés ?
- Il paraît juste humainement de ne pas tuer : mais si la "justice de Dieu" supérieure à cela autorisait de tuer ceux que nous n'aimons pas, alors de quoi nos voisins pourraient-ils se plaindre si l'on attentait à la vie de leur famille ?
- Et ainsi de tous les vices, car on voit bien qu'il n'est humainement pas juste de violer, de mentir, de convoiter, d'usurper, de ne pas faire la charité, etc...
- Il semble juste humainement qu'un ouvrier ayant travaillé dur toute une journée, sans avantage particulier en nature, soit payé davantage qu'un autre n'ayant travaillé qu'une heure durant !
La morale de la parabole ne peut donc pas être de se moquer de cette justice, au nom du fait qu'elle serait purement humaine : car justement, les circonstances choisies sont humaines. Et Dieu n'a pas l'habitude de se moquer des ouvriers, comme le pense Gounon.
Si effectivement cette parabole instituait une justice différente, car devant écraser celle qui ne serait que seulement humaine, alors adieu les 10 commandements, adieu la morale chrétienne, et finalement : adieu la justice, puisque nous la connaissons d'abord par notre simple conscience humaine.
Fin de la blague :
Cette parabole promeut la Justice, et non l'arbitraire injuste.
C'est sur cette base solide que nous pouvons nous appuyer pour en découvrir le sens : puisque Dieu est juste et que cette parabole nous parle de Lui, c'est sa Justice parfaite qu'elle laisse nécessairement transparaître.
Détail qui ne manque pas d'humour :
Dans la précédente parabole analysée par Gounon, il fustige le Bon Dieu parce que dans Maria Valtorta, Il "hait" le pharisien pervers et hypocrite, au sens sémitique du terme : « J'ai aimé Jacob et j'ai haï Ésaü » (Ml 1,2-3 ; repris en Rm 9,13 ; « Tu hais tous les malfaiteurs » (Ps 5,6) ;« Le Seigneur déteste les mains qui versent le sang innocent » (Pr 6,16-19).)
---> Donc pour Gounon, il serait insupportable qu'un terme quelconque contrarie apparemment l'Amour universel de Dieu pour TOUS les hommes.
Mais par contre, dans la présente parabole des ouvriers de la onzième heure, non seulement il décèle une parole qui, selon lui, relèverait de la plus pure partialité d'un Dieu se montrant davantage bon avec les derniers qu'avec les premiers, pour qui Il ne serait que "bonasse" tout au plus (c'est-à-dire injuste), et cela ne lui pose aucun problème de conscience,
---> mais non content de tolérer cette entorse à la justice - alors qu'il ne tolérait aucune entorse apparente à l'amour universel de Dieu - , il en fait carrément le sens général de la parabole, qui serait selon lui d'ériger en loi : "Si vous trouvez qu'il n'y a pas de justice ni d'équité dans la manière dont on vous traite : et bien taisez-vous, car le Bon Dieu a le droit d'être injuste et partial comme Il lui plaît, sans que vous n'ayez rien à y redire."
D'un côté, Gounon veut donc à tout prix sauver l'amour pour les hypocrites, et de l'autre, il dégomme littéralement la justice envers les travailleurs.
Certes, cela ne manque pas d'une certaine originalité, mais c'est surtout complètement faux. Car :
Psaume 11,7
"Dieu est juste, il aime la Justice, les coeurs droits contempleront sa Face."
Psaume 33, 5
« Il aime la justice et le droit ; la terre est remplie de l'amour du Seigneur. »
Psaume 89, 15
« Justice et droit sont l'appui de ton trône, amour et vérité marchent devant ta face. »
Psaume 97, 2
« Nuée et ténèbres l'environnent ; justice et droit sont les bases de son trône. »
Psaume 99, 4
« Roi puissant qui aimes la justice, tu as établi la droiture ; tu exerces en Jacob le droit et la justice. »
Psaume 103, 6
« Le Seigneur fait œuvre de justice, il défend le droit des opprimés. »
Psaume 119, 137
« Tu es juste, Seigneur, et tes jugements sont équitables. »
Psaume 145, 17
« Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en toutes ses œuvres. »
Isaïe 30, 18
« Car le Seigneur est un Dieu de justice. Heureux tous ceux qui espèrent en lui ! »
Isaïe 61, 8
« Car moi, le Seigneur, j'aime le droit, je hais la rapine et l'injustice. »
Jérémie 9, 23
« Je suis le Seigneur qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre, car c'est à cela que je prends plaisir. »
Deutéronome 32, 4
« Il est le Rocher ; son œuvre est parfaite, car toutes ses voies sont justice. C'est un Dieu fidèle et sans injustice ; il est juste et droit. »
Romains 2, 11
« Car Dieu ne fait pas acception des personnes. »
Romains 3, 26
« Il montre ainsi qu'il est juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. »
2 Thessaloniciens 1, 6
« Il est juste, aux yeux de Dieu, de rendre l'affliction à ceux qui vous affligent. »
1 Jean 1, 9
« Il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés. »
---> Gounon oppose en Dieu la Bonté et la Justice, en faisant de la première un simple arbitraire.
Mais pas la Bible : jamais, nul part. Et donc pas davantage Maria Valtorta.
"Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s'embrassent. Vérité germera de la terre, et du Ciel se penchera la Justice. " (ps 84,11)
"Et dans cette parabole revisitée les paroles sont bien moins belles qu’elles ne le sont dans l’évangile que nous connaissons. Cette phrase extraordinaire : « ton œil est-t-il mauvais parce que je suis bon ? » a disparu, elle est remplacée par un fade « Ne sois pas méchant et ne me porte pas à l’injustice. Je suis bon »."
---> Peut-être Gounon a-t-il fait cette remarque seulement pour nous faire rire. Mais comme il n'a pas d'humour, c'est surement involontaire de sa part. En tout cas, il l'aime, sa loupe "homéoplastique" (*). On reviendra dans quelques lignes à cet argument d'une très rare pertinence.
"Tout lien entre la colère de l’ouvrier et la bonté du maître a disparu, cela n’a ni le même sens, ni la même force."
---> C'est-à-dire en "langage-gounon" décrypté : "tout lien entre la colère de l'ouvrier et la conduite du maître objectivement inexplicable du point de vue de la justice, mais seulement explicable du point de vue de l'arbitraire le plus total (c'est-à-dire de l'injustice) a disparu : ici, avec Maria Valtorta, il n'est plus question que de Justice divine, cela n'a plus rien de rigolo."
Or le salaire de l'ouvrier associé à la justice est un thème récurant dans la Bible, Dieu ne plaisante pas avec cela.
1. Lévitique 19, 13
« Tu n'exploiteras pas ton prochain et tu ne le dépouilleras pas. Tu ne retiendras pas jusqu'au lendemain le salaire de l'ouvrier. »
La justice exige que l'ouvrier reçoive ce qui lui est dû.
2. Deutéronome 24, 14-15
« Tu n'exploiteras pas le salarié pauvre et indigent... Tu lui donneras son salaire le jour même, avant le coucher du soleil, car il est pauvre et il l'attend avec impatience ; ainsi il ne criera pas contre toi vers le Seigneur, et tu ne te chargeras pas d'un péché. »
Le salaire devient ici une question de justice devant Dieu.
3. Tobie 4, 14
« Ne retiens jamais jusqu'au lendemain le salaire de celui qui travaille pour toi, mais donne-le-lui aussitôt. »
Même enseignement.
4. Jérémie 22, 13
« Malheur à celui qui fait travailler son prochain pour rien et ne lui paie pas son salaire. »
L'injustice salariale est dénoncée comme un péché grave.
5. Malachie 3, 5
« Je serai un témoin empressé contre... ceux qui frustrent le salarié de son salaire. »
Dieu lui-même se présente comme le défenseur des ouvriers.
6. Jacques 5, 4
« Voici que le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus aux oreilles du Seigneur de l'univers. »
Saint Jacques reprend exactement la même idée.
---> Dieu n'aurait pas enseigné patiemment aux hommes avec quelle justice impartiale et quel respect il faut traiter l'ouvrier, pour ensuite enseigner soudainement tout le contraire par son propre Fils, qui venterait le total arbitraire de son Père céleste. Cela n'a pas le moindre sens.
"De même le célébrissime « les derniers seront premiers et les premiers seront derniers » est remplacé par une phrase si alambiquée qu’elle en devient presque impossible à retenir. Essayez donc: « en vérité je vous dis que ce ne seront pas toujours les premiers qui seront les premiers dans le royaume des cieux et que là-haut on verra de ceux qui étaient les derniers devenir les premiers, et d’autres qui étaient les premiers devenir les derniers » . La pensée est édulcorée, la phrase a perdu toute sa rigueur, et quelle lourdeur dans l’expression !"
---> Tout est pour Gounon question de célébrité, et pour Jésus d'humilité...
Mais ce qui offense Gounon, bien plus que sa supposée lourdeur, c'est le fait que cette phrase soit juste et nuancée ! Et on sait à quel point cette notion de justice lui déplait. Il nous l'a dit lui-même précédemment au sujet du péché originel : "le péché de luxure, ce n'est pas si grave", selon lui. Cela mène pourtant en enfer, comme tous les autres péchés mortels.
Que le développement d'une idée soit nécessairement une dénaturation de celle-ci est une grossièreté niant entre autre :
- que "le Christ enseignait longuement les foules", donc pas par de courtes monophrases ;
- que développer la signification de la maxime "Fais aux autres tout ce que tu aimerais qu'on te fasse" est tellement naturel pour Dieu, que cela fait même l'objet de toute la Bible !
"Voici la Loi et les prophètes" (Mat 5,17), nous dit Jésus à propos de cette simple sentence.
---> Alors qu'il est impossible pour le commun des mortels de retenir toute la Bible par coeur, il est très facile de retenir la simple maxime sus-mentionnée qui en est le parfait résumé.
Gounon découvre l'eau chaude : la pensée de Dieu se résume ou se développe au gré des circonstances, tout en demeurant fidèle à elle-même.
Une question vient donc à l’esprit : puisque les paroles du Christ rapportées par Mathieu et celles rapportées par Maria sont différentes, lesquelles sont les vraies ? L’œuvre de Maria est supposée nous montrer les événements tels qu’ils se sont réellement déroulés. « Jésus » lui-même, dans un message du 28 janvier 1947, justifie l’oeuvre en particulier « pour que vous me connaissiez, Moi qui suis la Parole, par mes paroles ». Si nous croyons que tout cela vient de Dieu, nous aurions donc chez Maria les paroles mêmes que Jésus a prononcées. Mais alors cela signifie que le Christ ne savait pas s’exprimer simplement, et que ce sont les évangélistes qui ont eu le génie de synthétiser ses paroles dans les formulations limpides qui ont fait le tour du monde. On pourra penser plus probable que les torrents de mots rapportés par Maria ne viennent pas de Jésus. Difficile d’ailleurs d’imaginer le Christ saoulant ses disciples de ces paraboles interminables et encombrées de dialogues vides de tout enseignement.
... vides de tout enseignement : peut-être pour ceux qui n'ont pas d'oreille pour entendre ?
"puisque les paroles du Christ rapportées par Mathieu et celles rapportées par Maria sont différentes, lesquelles sont les vraies ?"
---> Mais cette objection pourrait être adressée… aux évangélistes eux-mêmes.
Les quatre évangiles rapportent fréquemment les mêmes discours avec des formulations différentes.
Par exemple :
- les Béatitudes chez Matthieu et chez Luc ;
- les paroles de l'institution de l'Eucharistie ;
- l'inscription sur la Croix ;
- les paroles adressées aux disciples.
Personne n'en conclut que l'un ment et l'autre dit vrai.
L'Église enseigne que les évangélistes rapportent fidèlement le sens des paroles du Christ, sans prétendre toujours reproduire chaque mot à la lettre.
Dès lors, si l'on admet ce principe pour les évangiles, on ne peut pas reprocher à Maria Valtorta, par principe, de rapporter un développement différent.
Combien de paraboles sont-elles ainsi déformées, dénaturées, ou simplement noyées sous un déluge de propos inutiles ? Chacun pourra s’en faire une idée par lui-même en consultant le site MV.
---> Un conseil à suivre, une fois n'est pas coutume, si l'on sait se détacher de son auteur.
Par exemple en EMV 233 la parabole de la brebis perdue:
La parabole de la brebis perdue
c’est une fantasmagorie qui occupe près de trois pages, sans rapport avec l’histoire toute simple des évangiles (Mt 18,12 et Lc 15,1), et dans laquelle la vie de la brebis égarée pendant son escapade occupe une grande place (même ici on croise le mot luxure!).
---> En effet, car nous découvrons que cette parabole fut dite par Jésus alors que Marie Madeleine la pécheresse était venue pour le provoquer, et en était réduite à l'écouter, malgré son indisposition intérieure à suivre la sagesse : cette parabole faite pour elle sur mesure ( elle était la brebis perdue s'il en était une ! ) fut la première parole qui commença d'ébranler son coeur en y faisant rentrer la Lumière de l'Amour véritable, ce qui la conduisit plus tard à abandonner ses amours fangeux pour Celui du divin Maître.
---> On a compris que Gounon aimerait que Jésus laisse la luxure bien tranquille, on n'ose cependant pas vraiment s'expliquer pourquoi...
Et le « Jésus » que la visionnaire entend et voit tient à nous préciser que la brebis perdue est « la plus jeune et la plus chère » des cent brebis du troupeau ! Pourquoi cette précision désolante sur la valeur marchande de la brebis perdue?
- Parce que la fortune d'un berger, ce sont ses brebis, et pas que d'une manière affective : aussi en raison de sa valeur marchande. Jésus sait mieux que n'importe quel autre berger le PRIX que coûte une âme qu'Il a rachetée par son Sang.
Si la brebis perdue avait été décrite comme estropiée et sans valeur, on aurait pu comprendre que le Seigneur vole au secours de toute âme, aussi noire soit-elle. Hélas, ce que voit Maria, c’est que le berger se précipite pour sauver la brebis la plus chère…
Parce que :
- D'un point de vue humain, le berger ne peut pas avoir une préférence pour chacune de ses brebis ; alors que pour Dieu, chacun d'entre nous est l'âme qu'il préfère, donc assimilable à cette brebis préférée dont il est question.
- Chaque pécheur est traité par Lui comme si elle était d'autant plus cher à son coeur qu'il est davantage perdu : "Il y a plus de joie pour un seul pécheur qui se converti que pour 99 justes n'ayant pas besoin de repentir". Ici donc, Gounon massacre à belle dent le sens même de la parabole.
- Parce que le grand pécheur qui est méprisable aux yeux des pharisiens qui se trouvent très biens, eux, est aimé par Dieu non pas pour son péché, mais pour la valeur inestimable qu'il a malgré son péché : encore une fois, ce renversement de regard vaut aussi bien pour Marie Madeleine que pour n'importe qui d'autre qui voudrait se reconnaître sous les traits de cette jeune et chère brebis perdue, c'est-à-dire dans ce petit enfant chéri de Dieu qui sommeille en chacun d'entre nous.
(*) Loupe homéoplastique : tout comme les objections de Gounon, cela ne veut strictement rien dire.